Un rêve de liberté, des milliers de kilomètres de routes et d’embruns, et puis… l’incertitude d’un monde en crise. Parti de France pour rejoindre le Japon en 4×4 aménagé, Miary a vu son périple avorté par les tensions géopolitiques en Russie. Retour sur un voyage hors normes, entre découvertes, solitude et résilience.
Une idée folle née d’un coup de cœur japonais
Tout commence en 2018, lors d’un séjour d’un an à Tokyo. Le Japon, Miary ne s’y perd pas : il s’y trouve. À tel point qu’à son retour en région parisienne, une idée germe doucement dans son esprit : rallier le Japon par la route. Un défi qui mêle goût de l’aventure, passion du voyage et attrait pour la simplicité mobile.
Son premier compagnon de route, un vieux Mercedes TN, ne survivra pas à l’ambition du projet. Trop fragile, trop lourd. Il en tirera des leçons précieuses, après deux tentatives d’aménagement visionnées à coups de tutos YouTube. Puis vient le bon choix : un Nissan Patrol Y60, 225 000 km au compteur, robuste et rustique, acheté 8 500 €.
Miary y investit 2 250 € pour fiabiliser la mécanique, et 3 500 € de plus pour créer un véhicule habitable, en bois et bien pensé : couchage, coin cuisine, espace pour recharger son matériel. Bref, un petit cocon prêt à affronter les routes d’Asie Centrale.

De l’Europe à l’Asie : entre joies simples et premières alertes
Décembre 2023, départ de France. Le froid mord les doigts et les paysages européens défilent : Slovénie, Croatie, Monténégro… Sa compagne le rejoint pour une partie du voyage, ce qui rend les étapes plus légères. “C’était la première fois que je vivais dans un espace si réduit, en hiver. Pas simple tous les jours”, confie-t-il.
Puis viennent l’Albanie, la Grèce, la Turquie. Là, les rencontres se font plus chaleureuses. En Géorgie, il découvre des paysages somptueux et croise la route de nombreux Russes en exil. Un climat humain fort, mais qui annonce déjà les difficultés à venir.
Pour atteindre le Kazakhstan, Miary doit passer par la Russie, un pays devenu particulièrement sensible depuis l’invasion de l’Ukraine. Il est interrogé à la frontière, son téléphone fouillé. À peine entré, il subit deux contrôles militaires en moins d’une heure. Le stress s’installe.

Le Kazakhstan, puis… l’hésitation
Heureusement, le Kazakhstan offre un répit. Les steppes enneigées, les températures glaciales et la gentillesse des habitants lui rappellent l’Alaska, avec un brin de poésie. Il loge chez l’habitant, s’immerge, ralentit. Mais un mur invisible se dresse devant lui : pour rejoindre la Mongolie, il devra repasser par la Russie.
Miary hésite, pèse les risques. Seul, loin de tout, dans un pays instable, il sent la tension monter. “Je ne vivais plus normalement. Chaque arrêt devenait une source d’inquiétude.” En août 2024, il prend la décision la plus difficile du voyage : faire demi-tour, renoncer au Japon.

Un retour teinté de prudence et de soulagement
Le chemin du retour ne sera pas plus serein. Il traverse à nouveau la Russie, subit six contrôles militaires en trois jours, bivouaque à l’écart, évite les regards. Ce n’est qu’en Géorgie qu’il respire à nouveau. Puis direction la France via des pays connus, pour minimiser les risques.
Le 9 octobre 2024, il retrouve la région parisienne. Fatigué, marqué, mais debout. L’aventure a laissé des traces, mais elle lui a aussi appris une chose : “La solitude, je ne l’avais pas vraiment anticipée. À deux, tout est plus simple, plus drôle.”

Une aventure inachevée, mais pleine d’enseignements
Miary ne prévoit pas de repartir immédiatement. Il digère. Il réfléchit. Mais il ne ferme pas la porte. “Peut-être que j’irai au Japon plus tard, quand la situation le permettra.” En attendant, il partage son expérience avec sa communauté, plus de 170 000 abonnés qui l’ont soutenu tout au long du périple.
Son histoire est celle d’un voyageur des temps modernes, pris entre son envie de découvrir le monde et la réalité d’un monde qui vacille. Elle parle de courage, de doutes, de cette capacité à changer de cap quand c’est nécessaire.
Et surtout, elle montre que parfois, l’aventure n’est pas dans la destination… mais dans tout ce qu’on apprend en chemin.


Jules Jourdain est un passionné de voyages et spécialiste du monde du camping-car. Il rédige des articles thématiques mêlant conseils pratiques, récits d’escapades et actualités du secteur. Son objectif : accompagner les voyageurs dans leurs aventures sur les routes.







