Imaginez-vous, nuit noire, entouré par le silence d’un parking désert, tandis que la pluie normande tambourine sur le toit d’un van. Pour beaucoup, ce serait angoissant. Pour Léna Brun, c’est du bonheur sur quatre roues.
Du Cap Lévi à l’aventure : la traversée d’une vie
Réveiller chaque matin avec la mer pour voisine, s’endormir sous la voûte céleste… C’est la vie qu’a délibérément choisie Léna Brun. Cette Cherbourgeoise de 28 ans, au tempérament calme, a décidé de savourer chaque imprévu comme un défi, même (et surtout !) quand les nuages s’invitent sans prévenir. Il faut dire que la météo, dans la vie en van, c’est un peu la loterie. Mais Léna, blottie dans son « Billy », un Renault Trafic H1L1 aménagé par un ami et acquis pour 12 000 euros, ne s’en formalise plus.
Pull large, chaussettes remontées, longs cheveux blonds : le look baroudeuse, elle l’embrasse pleinement – cliché assumé ! En semaine, elle est maîtresse d’école à La Seyne-sur-Mer, dans le Var. Le week-end venu, la voilà « vanlifeuse » enthousiaste, arpentant montagnes ou bords de mer. Mais d’où vient cet appétit pour le mouvement ? D’un déclic, survenu après une rupture amoureuse l’an passé. Pour Léna, bonheur et découverte de nouveaux horizons sont désormais indissociables.
Un mode de vie minimaliste… mais quel confort !
Léna n’a jamais lâché son Billy : deux modestes mètres carrés, un lit, un placard illuminé de guirlandes, de petites photos. Bref, une maisonnette mobile pleine de charme.
« Je dors mieux dans mon van que dans mon appartement ! », confie-t-elle, sourire aux lèvres. Avec Billy, elle a mis les roues partout en Normandie, dans son Cotentin natal, grimpé les Alpes, exploré le massif de l’Esterel en bord de Méditerranée – son plus beau voyage jusqu’ici.
Mais explorer seulement le week-end, ce n’était plus suffisant. Dès la fin de l’année scolaire, Léna a posé un congé de formation, rendu les clés de son appartement et troqué la stabilité pour la route, jusqu’en février 2024, avant de retrouver ses élèves. Son compagnon de voyage ? Oslo, son chat fidèle, prêt pour l’aventure à travers Suisse, Italie, Corse, Croatie et, enfin, les Balkans…
« Après, je ne sais pas ! Ce qui est excitant, c’est de ne pas prévoir son trajet. »
Entre liberté exaltante et réalités moins glamour
Tout n’est pas rose, évidemment. S’aventurer seule, loin de chez soi, réserve son lot de tracas. Léna l’avoue sans détour :
- La mécanique, c’est sa bête noire. Changer une roue ? Ok. Faire le plein d’huile ? Pas de souci. Mais une panne moteur au fin fond de nulle part… là, ça coince.
- Et le chat Oslo ? Une autre source d’angoisse : « J’ai peur qu’il s’enfuie dans la nature ! » Heureusement, Oslo ne s’éloigne jamais trop longtemps.
La vie en van version vraie, c’est aussi jongler avec quelques défis pratiques, notamment quand il s’agit d’hygiène ou d’entretien (longs cheveux, menstruations…). Solution de secours : s’installer de temps en temps en camping pour profiter des douches. Sans oublier la chasse constante aux points d’eau, qui occupe pas mal de temps entre deux bivouacs.
Survivre à la nuit sans perdre le sommeil (ni son humour)
Mais le grand point noir – ou plutôt point noirci par la nuit – reste l’insécurité. Dormir seule dans un coin perdu, c’est parfois stressant. Léna a mis au point quelques techniques rassurantes :
- Choisir un stationnement déjà occupé par au moins un autre véhicule. À deux ou trois, on se sent tout de suite moins la proie idéale !
- Utiliser le passage entre le siège conducteur et l’espace nuit pour ne jamais avoir à sortir la nuit… et ainsi éviter toute mauvaise rencontre dans le noir.
- Permettre à sa famille de localiser sa position à tout moment, via une application, histoire de rassurer tout le monde.
Mais Léna temporise, pragmatique : « Il ne m’est jamais rien arrivé. Généralement, les vanlifers ont une belle mentalité. »
Le secret de cette sérénité ? Un sens aigu de la communauté, notamment grâce aux groupes d’entraide entre femmes sur les réseaux sociaux. Certaines n’hésitent pas à faire des détours rien que pour dépanner une compagne de galère.
« Même en étant seule, j’ai le sentiment d’être soutenue… La vie en van, c’est connaître l’esprit de communauté, en plus de se connaître soi ! »
Une vie de nomade, c’est parfois rude, souvent belle, et toujours authentique. Prendre le large, oui… mais, jamais vraiment seule.

Jules Jourdain est un passionné de voyages et spécialiste du monde du camping-car. Il rédige des articles thématiques mêlant conseils pratiques, récits d’escapades et actualités du secteur. Son objectif : accompagner les voyageurs dans leurs aventures sur les routes.






